[Editorial] [Retour au Sommaire] [Littérature] [Pharmacie] [Cultures] [Coups de cœur] [Sport] [Liens] [Livre d'or]

Article paru in L'Evénement (14 -20 janvier 1999)

 

Elles font des mouvements de bouche comme de vraies chanteuses, elles reçoivent de vrais trophées comme d’authentiques artistes et forment une nouvelle famille d’interprètes, les divas placebos, autrefois connues sous le nom de " choristes Canada Dry ". C’est offenser une profession de dire que ces demoiselles sont des chanteuses, elles ne sont que des produits manufacturés, interchangeables, qui se laissent entendre sans demander à être écoutés. Notre création ès variétés rampe à son degré plancher. Les rondelles ne font décidément plus le printemps. Les feux de la vamp pâlissent. Au prochain millénaire, gageons que l’on ne parlera déjà plus de ces savonnettes saisonnières. Leurs chants n’auront fait qu’un tour. Suffisant cependant pour donner des migraines à toute la bande F.M. Pour ne point passer pour irréfragable misogyne, saluons par ailleurs le talent de Clarika, de Linda Lomay, le punch de Maurane, les surprises de Zazie dans le micro, actuellement sur la scène de l’Olympia, la truculence de Juliette, qui l’y suivra quelques semaines plus tard. Ceux qui ont manqué Colette renard au Théâtre de Dix-Heures peuvent la retrouver en compil. Juliette Gréco vient d’enregistrer un nouvel album, encore plus espiègle, plus insolent. Et rien ne vous empêche d’écouter toute la nuit Barbara, la grande dame du frisson. PATRICE DELBOURG

 

Elle a vendu 60 millions d’albums dans le monde

Céline Dion

La purge des tympans

L’annonce de l’imminente retraite sonore de Céline Dion fut sans doute l’une des plus belles étrennes de cette fin 1998. On n’osait y croire. N’allait-il pas y avoir un contrordre. Dans le chaud-bise, on ne sait jamais. Regardez tous ces ménestrels qui ont fait pendant vingt ans leurs adieux au music-hall. Tout le monde naît chanteur, sauf certaines chanteuses.

La Madame Propre de la ritournelle liftée en lazzis mineurs, petite princesse décavée au sourire chaptalisé, aussi sexy qu’un brise-glace en radoub, manifeste sur scène une gaieté aussi contagieuse qu’une rangée de dorades en papillote. Prélude à l’après-midi d’une aphone. Dire que Céline Dion est un produit pharmaceutique au goût saumâtre et aux effets secondaires fâcheux n’est pas un outrage, c’est un diagnostic. Sur scène, à l’écran, elle donne l’impression d’avoir croqué dans un suppositoire de camphre et de ne pas oser le recracher devant son public. Un iceberg, on vous dit, sept fois plus nuisible que ce qu’on entend. Rengaines bricolées avec du hachis de diverses officines interlopes. Servies chaudes, l’air navré, renfrogné, à tel point que le premier rang a envie de lui proposer de régler son tiers provisionnel. Si l’effigie rabat-joie de Céline Dion passe un jour à la postérité, ce sera davantage dans la rillette d’oie que dans le marbre de Carrare. Refrains boiteux, inspiration indigente, bredouillis énamourés semblant hâtivement traduits du moldo-valaque, elle a déjà enregistré suffisamment de navets pour inaugurer un potager. Une telle platitude pétrifiante a quelque chose de miraculeusement prophylactique et d’humanitaire. Sa voix est un formidable édredon pour les nuits boréales, elle découragerait la critique par une quintessence bonasse d’épagneul flapi à faire pleurer un presse-purée. Un plan de carrière artistique peut-il être programmé comme un itinéraire électoral ? S’il y a du monde dans le métro à 6 heures, ce n’est pas signe de succès. La preuve du pire, c’est parfois la foule. La vestale québécoise est tellement de son époque qu’elle pense que le président Pompidou va venir la féliciter dans sa loge. Aussi séduisante qu’un carrelage sanitaire, elle en possède l’asepsie, la blancheur et l’expressivité. De Dion, nous ne garderons que les boutons.

 

Son tube, " Pure " a atteint 2 millions d’exemplaires

Lara Fabian

La voix de garage

Les enchaînements de pacotille tressautent, sans âme ni rythme ; à chaque instant, l’amateurisme décroche le pompon de la suffisance. Orchestrations ronflantes, crépitement de fadaises par rafales, qui présentent l’avantage de s’oublier aussitôt qu’elles s’entendent. Il est plus juste, en évoquant Lara Fabian, de parler de décomposition plutôt que de composition. Elle est au music-hall ce que le savon noir est à la pâtisserie fine. Visionnaire de supérette, mystique de bubble-gum, c’est Salomé sur un lance-roquettes en polyester. Les boules Quiès qui, comme chacun le sait depuis l’ami Desproges, sont le walkman du pauvre, s’annoncent d’ores et déjà indispensables. Magicienne de l’insipide, elle confond rythmique et auto-tamponneuse. Si au moins elle faisait dans l’humble ! Mais la dame a toujours l’air de se donner devant le parterre de la Scala. Faire une carrière sur deux notes, c’est possible depuis Michel Berger, mais faire une carrière sur un déhanché prétendument torride, en implorant le mystère de l’Immaculée Conception à la rhubarbe, ça, c’est fortiche ! Son album " Pure " s’est vendu à 2 millions d’exemplaires. Aussitôt qu’elle voit la lumière, elle enfile son plus beau décolleté et déboule avec l’aplomb d’une mercière tyrannique, mise en plis comprise. Elle est devenue la courgette obligée des ratatouilles télélarmoyante de Jean-Pierre Foucault. Certains de ses amis murmurent qu’elle en fait trop. Devant une telle épidémie de néant, on a quand même un peu honte pour la chanson française.

 

Son dernier album, " Privacy ", est déjà Disque d’Or

Ophélie Winter

La bombe atonique

Il est toujours un peu débilitant de constater que la chanteuse ( ? ) la plus prisée des ados est une image de synthèse vagissante, un hologramme avec double Air Bag incorporé à la calandre.

Ses scies arthritiques (" Dieu m’a donné la foi " est un grand monument de bêtise chromatique ") se propagent dans les têtes de gondoles à la manière d’un érythème viral et transforment les cervelles de nos chères têtes blondes en mou de veau. Les premiers rangs demandent des Coton-Tiges. Les applaudissements enregistrés sont les échos de l’indigence sonore des tranches de plum-cake concoctées par cette potiche de sitcom. Mais que fait la P.R.- nous voulons dire la police de la romance ?

Certains, certaines, ont une voix de rogomme, de mêlé-cass ; Ophélie Winter, mannequin chez Fleury Nichon, a une voix de sternum. Elle couine avec le cartilage comme d’autres chantent a capella.

Elle raisonne comme un tambour chez Wonderbra. " Mégacheap ", " hypra naze ", la nana, pour reprendre un sabir qui lui est cher…

Ses prestations sont du ressort du mime mammaire, loche-à-loche avec ses consœurs Vanessa Demouy, Mallaury Nataf ou Marlène, même si Pamela Anderson reste son modèle de Zodiac. La rejetonne poumonnée fut très tôt abandonnée par son papa, David Alexandre Winter, bref héros troubadour des sixties, inoubliable interprète d’  " O Lady Mary ". Elle ne lui pardonnera jamais. Est-ce une raison aujourd’hui pour nous martyriser les neurones ? Les auditeurs de la F.M. n’ont pas à payer les pots cassés du ressentiment œdipien. Après avoir tourné avec Lelouch – mais qui ne tourne pas avec ce grand gaspilleur de pelloche ? -, après avoir présenté l’affligeant " Coming Next " sur M6, la prêtresse irradiée de la dance music, toujours " bimbo sexy ", a pris des cours de diction chez Olida on ice. En anglais, of course, pour brouiller les pistes. Chacun réchauffe alors le bizarre sentiment qu’Ophélie vagit derrière un hygiaphone avec un tuba dans la bouche.

Sait-elle ce qu’est une ligne mélodique ?

Sait-elle ce qu’est une rime alternée ?

Qu’importe, en dépit de sa copieuse avant-scène intime, ce n'est pas le genre à se pencher sur un Robert. Fût-il illustré.

Notre P.A.F. ne sait décidément à quels seins se vouer.

 

Son album " Sans plus attendre " a dépassé les 600 000 exemplaires.

Axelle Red

La maldonne des feelings

Axelle porte le patronyme de Red et arbore des cheveux rouges. C’est sans doute la seule fois que la chanteuse (?) est synchrone. Le reste du temps elle dérape. Elle brame à côté de la cible, semblant plus douée pour le macramé que pour la canzonnette. Elle fait volontiers n’importe quoi, avec une extrême insolence. On l’a d’ailleurs vue en juillet dernier, sur le rond central du Stade de France, lors de la Coupe du monde de Football, entonner l’hymne officiel du Mondial, aux côtés de Youssou N’Dour. Red dans la cour des Bleus, encore une erreur de casting Flamande d’extraction. Flamande rosse. Son humeur tectonique est déjà connue des majors. Fagotée comme un paquet de biscottes, directement issue d’un casting de " Tournez manège ", son inspiration est pâle comme un bon polder au petit matin. Elle témoigne d’une verve poétique aussi étoffée qu’une omoplate de petit Biaffrais. Elle nous fait regretter la cohorte de Lolitas des sixties. Seules ses jambes, longues, lui servent de note bleue. Caméléon de la goualante scopitone, teint de margarine, l’œil aussi pétillant d’une maraine d’Oléron mazoutée par un tanker incontinent, elle louche du Côté de Patricia Kaas, versant swing groovy, mais retombe vite dans les pires ornières de vilaine fermière, nous voulons dire Mylène Farmer. A 15 ans, elle enregistrait son premier 45 tours, à 30, elle tourne des clips poussifs dont on se demande si ce sont des réclames pour de nouveaux pneumatiques automobiles ou des pubs pour des valises indéformables, même après crash international. Pendant qu’Axelle Red fait le gros " do ", l’auditeur est franchement " la ". Toute inspiration reste au " sol ". Cantilène Findus, rengaine Vivagel, Axelle Red est l’exemple de la fausse bonne surprise qui se transforme en vraie grande calamité.

[Editorial] [Retour au Sommaire] [Littérature] [Pharmacie] [Cultures] [Coups de cœur] [Sport] [Liens] [Livre d'or]