
Maupassant, dans ses contes cauchois, s'est inspiré des paysans et des nobles normands. Il s'est servi d'histoires qu'on lui a racontées et il les a fidèlement retranscrites. Ainsi, il est facile pour le « horzain » de se faire une idée du caractère normand, grâce aux nombreuses anecdotes et descriptions. Tant l'avarice, la suspicion, la « rigolade », son fort appétit, que le côté très travailleur sont soulevés.
| Deux de ces aspects sont évoqués dans La ficelle, où Maupassant se focalise sur maître Hauchecorne, qui se baisse malgré ses rhumatismes pour récupérer « dans la crotte un bout de ficelle ». En effet, selon lui, « tout était bon à ramasser qui peut servir ». Cependant, ce geste provoqua la suspicion du village de Goderville, car tous pensaient que ce qu'il avait pris était en fait un portefeuille de cuir noir, richement garni. Mais bien qu'il s'humilia à dire devant tout le monde ce qu'il s'était « abaissé » à faire, personne ne le crut. Il en fut malade et en mourut. La seule chose qui « [l]'faisait deuil, (..) c'est point tant la chose, comprenez-vous; mais c'est la menterie ». L'avarice d'un homme provoqua la suspicion d'un village entier, qui engendra finalement sa mort. | ![]() |
Dans Le cas de Mme Luneau, Maupassant évoque une histoire d'argent
insolite entre une femme, Madame Luneau, veuve, sans enfant, qui
désire justement en avoir un. Pour cela, elle se propose
d'offrir cent francs à celui qui lui le pourra. Mais une fois
enceinte, et ayant « tenté l'affaire » avec six
hommes, elle ne veut honorer sa promesse, prétextant :
« Cent francs ! Cent francs ! Cents francs pour
ça, flibustier, cent francs ! Ils ne m'ont rien demandé,
eusse, rien de rien ». ! !
Il se peut qu'on trouve dans certains contes des personnages qui ont une telle envie vis-à-vis de l'argent qu'il peuvent aller jusqu'au meurtre, même dans la petite campagne de Fécamp, à Epreville. Dans Le petit fût, on peut voir un aubergiste qui projette de verser à une vieille femme « trente écus de cent sous » chaque mois à une seule condition : hériter à la mort de celle-ci de tous ses biens. Mais voyant que celle-ci ne meurt pas, il l'incite à boire de l'alcool, si bien qu'elle en meurt au bout d'un an. En effet, selon l'aubergiste, fier de son coup, dit : « C'te manante, si alle s'était point boissonnée, alle en avait bien pour dix ans de plus. »
Le plus scandaleux des contes quant à l'avarice est certainement Aux champs, où une femme riche (encore sans enfant (en effet Maupassant était obsédé par l'identité du fils)) se propose « d'acheter » un enfant. Elle propose cela à deux familles voisines. L'une trouve cette idée inadmissible, l'autre hésite puis accepte par tentation : « Cent francs par mois, c'est point suffisant pour nous priver du p'tit; ça travaillera dans quéqu'z'ans, c't'éfant, i nous faut cent vingt francs ». Finalement, la famille qui n'a pas accepté regrette, et dit à l'enfant qui vingt-et-un ans auparavant avait la possibilité d'être vendu : « Vas-tu point nous r'procher d't'avoir gardé ? » Et le jeune homme brutalement : « Oui, j'vous le r'proche, que vous n'êtes que des niants. (...) Qu'vous mériteriez que j'vous quitte. » ...
Maupassant évoque aussi (mais attention, nous ne faisons en aucun cas un amalgame) le problème du racisme. Nous avons en fait la réaction des gens face aux personnes de couleur. Ainsi, dans Boitelle, il s'agit précisément du héros éponyme qui tombe amoureux d'une « négresse », dont on ignore le nom. Tout d'abord, craignant la réaction de ses parents, il la présente d'abord comme quelqu'un qui a un peu d'argent, qui est économe, et ce n'est qu'à la fin qu'il leur dit qu'elle est noire : « il n'y a qu'une chose qui pourra vous contrarier. Elle n'est brin blanche. » La réaction des parents est imminente : « "Noire, combien qu'elle est ? C'est-il partout ?" Il [Boitelle] répondait : "Pour sûr : partout, comme t'es blanche partout, té !" Le père reprenait : "Noire ? c'est-il aussi noir que le chaudron ?" Le fils répondait : "Pt'être ben un p'tieu moins ! c'est noir, mais point à dégoûter, la robe de monsieur le curé est bien noire..." » Autant de réflexions pour décourager le jeune homme, du style « Ça ne salit point le linge plus que d'autres ces piaux-là ? - pas plus que la tienne, vu que c'est sa couleur ! »... Finalement, il ne pourra épouser cette jeune femme, ses parents prétextant : « ...alle est trop noire. (...) on dirait Satan ! » ...
Dans Miss Harriet, toujours à ce sujet, on peut trouver : « la petite Céleste ne la servait pas volontiers, sans que j'eusse pu comprendre pourquoi. Peut-être uniquement parce qu'elle était étrangère, d'une autre race, d'une autre langue, et d'une autre religion. C'était une démoniaque enfin ! »
Même si Maupassant fait référence au racisme dans quelques contes, cela ne fait en rien du Normand un raciste. Il soulève juste ce trait de caractère, comme il existe ailleurs...
Le Normand, à travers bon nombre de contes et de nouvelles, apparaît comme un bon vivant, qui aime rire et boire. Par exemple, dans Toine, le personnage éponyme « avait une manière de blaguer les gens sans les fâcher, de cligner de l'il pour exprimer ce qu'il ne disait pas, de se taper sur la cuisse dans ses accès de gaieté qui vous tirait le rire du ventre malgré vous, à tous les coups. » Nous avons dans ce conte comme un cliché, celui du « bon gros jovial », en effet, Toine « mangeait et buvait comme dix hommes ordinaires ». Même malade, il reste de bonne humeur, et s'entoure de ses camarades.
Cet aspect du Normand, nous le retrouvons aussi, comme nous l'avons déjà dit. Dans toutes les évocations des repas qui traînent en longueur.
