
La vie reconstruite dans luvre de Maupassant
A travers toute luvre de Maupassant, que ce soit dans ses Contes, ses romans, ses Chroniques, nous pouvons aisément tracer le plan dune vie, qui se manifeste par les grandes étapes de lexistence; le baptême, la dot, le mariage, la mort, etc. Dans lensemble, laccent est mis sur laspect religieux, mais uniquement dans la forme; en effet, dans le fond, ce sont plutôt lindifférence et la grivoiserie qui sont montrées.
Ainsi, dans Le Baptême, lauteur nous fait assister à une journée de baptême. Mais il ne nous en fait voir que sa forme, cest à dire le cortège, le repas. Laccent nest pas mis sur le sacrement en lui-même, mais plutôt sur loccasion. En effet, Maupassant sattarde plus sur les vêtements, sur la parade... Ce qui tient le plus dimportance dans cette journée semble être à première vue le repas où tout le monde est convié. Laccent est mis sur la plaisanterie, parfois un peu trop douteuse envers le prêtre, sur la nourriture excessive. Cest surtout lattitude des personnages qui est mise en avant, parfois blessante. Limage finale nous le montre bien, lorsque lon voit le prêtre qui sest retiré, pleurant dans la pièce où se trouve lenfant (que tout le monde avait oublié). Nous remarquons un grand contraste entre les convives et le curé qui seul semble comprendre la valeur de cette journée.
Dans La Maison Tellier, cest une communion qui est présentée. Compte tenu des autres Contes et nouvelles, nous pouvons dire quétonnamment, laspect religieux est évoqué, décrit et respecté. Cette cérémonie semble être vraiment importante; tout le monde chante, les communiants sont très sérieux et ont très peur. Une émotion poignante se dégage dun ensemble formé des femmes, du prêtre, du chur déglise. Tout approche de "lacte surnaturel". Le vocabulaire employé est splendide dans sa vérité. Tout est sacré dans le passage retraçant la cérémonie. Comme lont les communiants, latmosphère est baignée dans une "fièvre divine." Cette émotion est très bien traduite par le prêtre qui navait jamais ressenti cela auparavant: "je vous remercie du fond du cur, jai senti Dieu qui descendait sur nous à mon appel, il est venu, il était là, présent, qui emplissait vos âmes, qui faisait déborder vos yeux (...), un miracle sest fait parmi nous, un vrai, un grand, un sublime miracle..."
Le mariage est une étape importante dans une vie. Dans Farce Normande, nous en avons lévocation. Dès le début nous sommes plongés dans la procession avec les jeunes mariés, les parents, les invités, les pauvres du pays et les enfants. Cependant, le mariage est dénaturé dans la mesure où lintérêt est largent: "elle avait choisi Patu, peut-être parce quil lui plaisait mieux que les autres, mais plus encore, en Normande réfléchie, parce quil avait plus décus." Comme dans bon nombre de ses Contes, nous assistons au repas, où sont conviés beaucoup de personnes. Ce repas dure six heures! nous y remarquons limportance du vin et du trou normand: "entre chaque plat, on faisait un trou, le trou normand, avec un verre deau de vie, qui jetait du feu dans les corps et de la folie dans les têtes." Toujours comme à laccoutumée, on entend de lourdes plaisanteries, "bordées dobscénités". puis chacun part se coucher et "les jeunes époux entrèrent dans leur chambre"... Le seul problème est quil entend un bruit insolite dehors, si bien que le mari sort avec son fusil. Cest en fait une blague de ses amis et il sen souvient bien des années plus tard. "Et voilà comment on samuse, les jours de noces au pays normand."
Nous avons également lévocation dun mariage dans Le Père Amable. De nouveau, Maupassant met en évidence les vêtements assez pauvres, limportance du repas de noces, ainsi que les plaisanteries.
Maupassant, dans La Confession de Théodule Sabot, évoque ce moment parfois redouté de laveu devant le prêtre. Dans ce conte, Théodule Sabot, un maître menuisier, le seul impie de la paroisse", veut soccuper des travaux à faire dans léglise pour une célébration. mais le curé pose ses conditions, Théodule devra "communier publiquement à la grand-messe". En fait le curé veut sa "conversion", ou "un nettoyage général, un lessivage complet"! Pour cela, ils fixent un rendez-vous pour recevoir le sacrement. ne sachant le Confiteor, ils prennent ensemble, un à un les commandements de Dieu. et au fur et à mesure, Théodule, très mal à laise et très concentré, se défend: "non! Oh ça non! Je ne jure jamais, jamais!" Mais à chaque commandement, il ne fait quavouer ses fautes. par exemple, à propos du juron, il dit: "Quéquefois, dans un moment de colère, je dis bien sacré nom de Dieu! Pour ça, je ne jure point!"... le curé, certes déconcerté, lui donne labsolution. Ce conte est très réaliste dans la mesure où lon ressent tout à fait les deux points de vue; dun côté un homme calme, le prêtre, de lautre, un homme qui cherche à se justifier, et qui se contredit!
Dans Le Vieux, Maupassant met en évidence lattitude des paysans normands face à la mort. En effet, il sagit dun vieil homme qui a déjà fait son temps et qui est alité. Tout le monde pense quil va mourir. Au lieu de les attrister, cela devient une forme dattraction. Au début, ils se disent les uns les autres quil nira pas jusquà la nuit, puis quil nira pas jusquau lendemain, et ainsi de suite. Finalement, le vieil homme ne meurt que le lendemain midi, et sa propre famille ne sest seulement attachée quà des problèmes dordre matériel. Une fois mort, tous se retrouvent autour du lit et repensent à sa longévité dans lattente du dernier soupir.
